Parousie, Avent, Avènement , Révélation, Apocalypse

ArmeeRomainec7e3-db64dParousie, Avent, Avènement , Révélation, Apocalypse

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La Parousie ou Sa Présence-Manifestation-Venue

Avent

Le terme Avent – du grec parousia qui a donné adventus – connaît une origine profane, signifiant alors d’un point de vue cultuel, la venue annuelle de la divinité dans son temple pour visiter ses fidèles.

D’un point de vue politique, le même mot désigne la première visite officielle ou la prise de fonction d’un personnage important de l’Empire : ainsi une monnaie de Corinthe perpétue le souvenir de l’Adventus Augusti – Néron en l’occurrence – et le Chronographe de 354 rappelle le jour de l’Avènement de Constantin comme l’Adventus Divi.

Après la Paix constantinienne donnée à l’Église et la lente imprégnation chrétienne du vieux monde romain, un glissement de sens s’opère pour signifier la double venue du Christ parmi les hommes : avènement passé, dans la chair, inaugurant les temps messianiques, avènement glorieux couronnant l’œuvre rédemptrice à la fin du monde.

Comment le terme d’Avent en est-il venu à désigner la période liturgique préparatoire à Noël ?
L’histoire seule permet de répondre à cette question.

La célébration de Noël dans l’occident est relativement tardive : elle n’apparaît que vers 330 à Rome, dans le but de remplacer peu à peu la fête du  » Sol Invictus,  » ultime résurgence d’un Paganisme déclinant, et se répand rapidement dans le reste de l’Empire. Assez discrète dans un premier temps, la fête de Noël va passer au premier plan au point de devenir une grande solennité permettant de répondre aux hérésies christologiques de Nestorius.

C’est pourquoi, dès la fin du IVème siècle, à Ravenne, mais aussi en Gaule et en Espagne, on perçoit le besoin d’une préparation ascétique aux fêtes de Noël : ainsi un texte attribué à saint Hilaire de Poitiers mentionne la pratique d’un carême. Peu après, vers 380, les canons disciplinaires du concile de Saragosse demandent aux fidèles d’être assidus à l’église dans la période allant du 17décembre à l’Épiphanie. Cette discipline devait se préciser en Gaule à la fin du Vème siècle avec l’institution d’un jeûne de trois jours par semaine de la Saint-Martin à la Nativité, par l’évêque Perpétue de Tours. Il est à noter que les rites byzantin et syrien reflètent également un avent aux accents ascétiques. L’église de Rome qui élabore le temps liturgique de l’Avent au VIème siècle saura assumer la tradition antérieure tout en renouvelant son contenu.

Le mot Avent vient du latin « adventus » qui signifie arrivée , venue . « Adventus » est synonyme du grec « parousia » qui a donné parousie, mot qui désigne le retour de Jésus-Christ parmi les hommes à la fin des temps.

Dans l’antiquité, l’adventus d’un empereur était la célébration de son entrée dans Rome ou dans les cités de l’empire au début de son règne ou après un long voyage. Le mot apparaît sur des monnaies avec l’empereur représenté la plupart du temps à cheval. Cette célébration était accompagnée de grandes fêtes ; Pline le jeune dans un texte sur l’adventus de Trajan raconte :
« de tous côtés un peuple en liesse, partout même joie et mêmes acclamations ».

L’ Avent est d’abord employé par les premiers auteurs chrétiens pour désigner la venue de Jésus-Christ parmi les hommes puis il caractérise le temps qui précède Noël.

En 380 le quatrième canon du concile de Saragosse demande que les fidèles soient assidus à l’église pendant trois semaines du 17 décembre à l’Epiphanie le 6 Janvier. A l’époque , le 17 décembre était aussi la date du début des Saturnales , des fêtes qui duraient jusqu’au 23 décembre et pendant lesquelles les hiérarchies sociales et les conventions morales étaient bouleversées. On peut facilement comprendre que l’église ait demandé aux fidèles cette période de pénitence et de réflexion pour qu’ils évitent de sombrer dans la débauche qu’entraînaient les saturnales.

Dans son Histoire des Francs au livre dixième, Grégoire de Tours raconte que Saint Perpétuus sixième évêque de Tours de 460 à 490 « institua des jeûnes et des vigiles à observer pour tout le long de l’année ».

Dans cette liste de périodes de jeûne on trouve : « De la mort de monseigneur Martin jusqu’à la Nativité de Notre Seigneur, trois jeûnes par semaine ». L’ Avent , qu’on appela le « Carême de la Saint Martin » , durait plus de six semaines du 11 Novembre à la nativité.

Le deuxième Concile de Tours en 567 avait repris la durée de trois semaines définie par le concile de Saragosse et enjoignait aux moines de jeûner du début du mois de Décembre jusqu’à la nativité.

Par contre, dans son neuvième canon, le Concile de Mâcon tenu en 581 avait confirmé l’usage établi par Saint Perpétuus en ordonnant que le jeûne se fasse les lundi , mercredi et vendredi. Cette consigne était applicable pour tous les fidèles.

Il ordonne aussi que les offices pendant cette période soient célébrés selon le rite quadragésimal c’est à dire le rite de carême. Dans la liturgie romaine l’ Avent apparaît dans la deuxième moitié du sixième siècle. Le sacramentaire gélasien et le sacramentaire grégorien parlent d’une période d’ Avent de cinq semaines.

Cette période sera officiellement ramenée à quatre semaines par la réforme du pape Grégoire VII (1073-1085).

En 785 le pape Hadrien avait envoyé à Charlemagne un exemplaire du sacramentaire grégorien modifié par le pape Grégoire II. Depuis cette date, Charlemagne avait demandé qu’on adopte la liturgie romaine dans tout son empire. Même si la France adopta le rite romain et se conforma aux usages de Rome en ce qui concerne l’ Avent, la tradition du carême de la Saint Martin continua encore pendant quelques siècles.

L’ Avent est aujourd’hui un temps liturgique de préparation à la Venue du Seigneur qui commence le quatrième dimanche avant Noël. Une tradition veut qu’on prépare quatre bougies qu’on allume au long des quatre dimanches de l’ Avent. Le premier dimanche, la bougie symbolise le pardon à Adam et Eve,  » Veillez, parce que vous ne savez pas le jour où le Seigneur viendra « , Évangile selon saint Matthieu 24, 42

Le deuxième dimanche, la bougie symbolise la foi des Patriarches, en la Terre Promise  » Convertissez-vous , car le Royaume de Dieu est tout proche « , Évangile selon saint Matthieu 3, 2

Le troisième dimanche, la bougie symbolise la joie de David, célébrant l’Alliance avec Dieu  » Es-tu Celui qui doit venir ? «  Évangile selon saint Matthieu 11, 3

Le quatrième dimanche, symbolise l’enseignement des Prophètes, annonçant un règne de paix et de justice  » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit «  Évangile selon saint Matthieu , 24

Parousie

Dans le monde grec hellénistique, « parousia », de pareinai (« être présent ») signifie :  » présence « , et plus loin,  » arrivée « , et est employé lors des apparitions des Ptolémées dans les provinces de l’Empire, surtout ex-pharaonique.

Ainsi ce genre de visite entraînait des fêtes, l’amélioration de l’environnement et était attendue, dans la région visitée, comme le commencement d’une ère nouvelle.

On érigeait même des monuments ;
On frappait des monnaies jubilaires ;
On instituait un calendrier spécial, de façon à rendre cette visite mémorielle ;
Bien que cela coûtât beaucoup d’argent pour les sujets contribuables de l’empire, ils s’en réjouissaient quand même, car ils lui accordaient un caractère de renouveau et finalement, de salut pour la suite de leur existence, puisque l’empereur, le roi, le maître s’était intéressé à eux ! ; On en profitait d’ailleurs pour lui présenter demandes et supplications pour améliorer le sort des populations.

Dans l’Ancien Testament, le mot n’apparaît que 4 fois, et seulement dans un emploi profane.

Dans le Nouveau Testament, c/o Paul : très souvent dans les sens profane et religieux ;
Dans les Évangiles, Matthieu l’emploie par ex. lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem ;
La 2 P. aussi, mais surtout dans un sens religieux.
Les Lettres Pastorales lui préfèrent le mot  » épiphanie « .

Ce qui est important à retenir, c’est que le mot de plus en plus s’attache à signifier : le Jour de Dieu, puis le Jour du Fils de l’Homme : on comprend que, pour le lecteur grec, l’assimilation des 2 mots va provoquer une identité :

Entre la présence /arrivée de Dieu/Christ ;

Avec la présence/arrivée de l’empereur pour le bien du peuple.

 

PAUL utilise cette assimilation de façon systématique pour signifier le retour du Christ, et le met en rapport avec 2 autres mots :

« apantésis » = aller au-devant (du Christ qui revient) et
« kurios » = le Seigneur, celui au-devant duquel il faut aller.

Nous assistons ainsi à l’assimilation d’un terme politique (ère ptolémaïque) avec une signification religieuse (le retour du Christ ), reliant ainsi la double signification vétéro et néo- testamentaire : cette rencontre entre un terme du monde hellénistique et du monde sémite va rejoindre un autre terme,  » apokalypsis « , qui indique le moment où tout cela sera  » révélé « .

Apocalypse

Le mot n’apparaît pas dans les Synoptiques, bien que l’arrivée triomphale ou/et le retour triomphal du Christ soit évoqué : Retour du Fils de l’Homme comme Juge, entouré de ses anges, après que ses adeptes aient témoigné de lui jusqu’en dans la mort.

Les paraboles de Mt ne font qu’en parler

On parlera de la fin des Temps, de l’accomplissement de temps, de l’Apocalypse, du Jugement dernier, des Anges rassemblant tous les hommes des 4 coins de l’horizon

C’est à cette jointure du temps que se joue le jeu suivant : par l’expérience de leur double persécution (et par leurs coreligionaires juifs, et par les Romains), il est inévitable que les judeo- puis pagano-chrétiens s’inspirent de leur existence réelle pour lui appliquer les espérances apocalyptiques qu’ils nourrissent pour la suite immédiate ou plus lointaine et qui se concrétisent fatalement dans la venue/.retour du Christ, puissant, rédempteur et juge.

Fin d’une ère, début d’une autre ère : Jérusalem et sa destruction deviennent les symboles par excellence de cette fin et d’une renaissance en laquelle ils croient et qu’ils attendent de tous leurs voeux.

En fonction des Communautés, les  » évènements  » seront rapportés et présentés de façon différente :

Luc par exemple va  » installer  » une période intermédiaire entre la  » fin de ce monde  » et l’arrivée / retour du Christ  » : ce qu’il appelle  » le temps des païens « .
Les visions historiques reçoivent des dénominations qui vont dépendre des  » observateurs  » : les évènements qui se déchaîneront entre la mort / résurrection de (33) Jésus et la destruction de Jérusalem (70) vont connaître la portée des exactions envers la nouvelle Communauté qui se transforme en nouvelle Synagogue / Église, jusqu’à son expatriatrion vers Rome et l’apparition de Paul qui va lui constituer sa première théologie.