Le Calendrier essénien 2

AnimaLune

LE CALENDRIER

Avertissement : Les textes que nous allons étudier étant trop longs, j’ai préféré les placer sur une autre page. Seules les parties que nous commenterons
seront reprises sur cette page.

L’appellation de calendrier essénien a été proposée par André Dupont-Sommer (1900-1983. orientaliste français et secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres) à partir de descriptions de Pline l’Ancien et Flavius Josèphe. Compte-tenu de ce que nous venons de lire, ce calendrier pourrait tout aussi bien s’appeler calendrier d’Hénoch ou calendrier de Qumran. Mais bon, puisque l’habitude est prise…

Nous allons examiner successivement :
– Le calendrier solaire.
– Les cycles lunaires.
– Le cycle des services de la garde sacerdotale.
– Le cycle des jubilés et le cycle de 294 ans.

Le calendrier solaire ou calendrier essénien.

Si nous devions qualifier les textes auxquels nous allons faire appel, on pourrait dire que :
– Le Livre d’Hénoch nous donne la théorie
– Le Livre des Jubilés nous résume la théorie
– Les manuscrits de la mer Morte nous font entrer dans la pratique.

Si nous lisons attentivement le chapitre 71 du Livre d’Hénoch nous apprenons que le cycle solaire veut que le Soleil « commence sa carrière » par six portes situées à l’est et la finit par six portes situées à l’ouest.

Il « commence sa carrière le premier mois » en passant par la quatrième porte.

Il va ainsi, successivement passer deux fois par chacune des portes. Chaque fois, il s’écoulera trente jours avant que le Soleil ne change de porte. Le paragraphe 43 nous précise que c’est la course même du Soleil qui produit la longueur ou la brièveté des jours et des nuits. Et, en effet, à chaque sortie par une porte à l’ouest, les durées respectives du jour et de la nuit nous sont comptées. L’ordre de passage par les différentes portes est le suivant : 4, 5, 6, 6, 5, 4, 3, 2, 1, 1, 2, 3.

 

Notons, au passage, que la division du jour (journée + nuit) n’est pas de 24 mais de 18. Le jour essénien aurait-il donc compté 18 « heures » ?

On peut résumer ce que nous venons de voir en disant que l’année du calendrier essénien est solaire et compte 12 mois de 30 jours.

Mais 30 X 12 = 360 jours sont bien loin d’égaler les 365,25 jours (environ) de l’année tropique. Si nous reprenons notre chapitre 71, nous constatons que certains mois comptent en fait 31 jours. A cause de leur « signe » nous dit le texte.

C’est quoi, ce « signe » ?

C’est comme nous le dit81-6, un jour complémentaire qu’il convient d’ajouter à la fin du mois pour porter son nombre de jours à 31. Enfin… certains mois. Et 81-6, toujours, nous apprend qu’il y en a « un à la première porte, un second à la troisième porte, un troisième à la quatrième, un dernier à la sixième porte« .

On en arrive donc à une année de 364 jours. Quand commence-t-elle ?

Pour nous aider à répondre à cette question, établissons un tableau récapitulatif de ce que nous venons de voir en y ajoutant la durée du jour et de la nuit à la fin de chaque mois.

Mois
Porte
Nombre de

jours

A la fin du mois
longueur jour
longueur nuit
1
4
30
10
8
2
5
30
11
7
3
6
31
12
6
4
6
30
11
7
5
5
30
10
8
6
4
31
9
9
7
3
30
8
10
8
2
30
7
11
9
1
31
8
12
10
1
30
7
11
11
2
30
8
10
12
3
31
9
9

 

Nous constatons qu’à la fin du 12 ème mois, et donc le jour « signe » (complémentaire) qui précède le premier mois de l’année suivante, la longueur du jour est égale à celle de la nuit. Nous sommes donc le jour d’un équinoxe. Les jours s’allongeant les mois suivant, on peut en conclure que l’année commence à l’équinoxe vernal (ou équinoxe de printemps).

On peut ajouter que l’année commence précisément un mercredi qui correspond au quatrième jour de la semaine (la semaine chez les Hébreux commence le dimanche). C’est en effet le quatrièmejour que, selon l’ancien testament, Dieu a créé le Soleil, la Lune et les étoiles.

Nos fameux « signes » correspondent donc aux équinoxes et solstices.

A y regarder de plus près, on peut constater qu’il serait possible de diviser l’année en quatre parties de 91 jours. De là à imaginer quatre saisons séparées par les « signes » il n’y a qu’un pas. Eh bien, franchissons le en prenant connaissance du chapitre 81: 10 à 25 où on peut lire une description détaillée des saisons.

On retrouve cette division de l’année dans le manuscrit de la mer Morte 4Q328 qui indique les semaines de garde sacerdotale (nous y reviendrons) pour chaque trimestre de six années : « …Voici les chefs par année : Pour la première année, Gamoul, Elyach, Maaziahou, et Houppa… »

Schématiquement, le calendrier essénien se présente donc ainsi :

On retrouve les mois (chiffes rouges), le
nombre de jours de chaque mois (chiffres bleus), les saisons (fond vert), les quatre jours complémentaires de l’année aux solstice et équinoxes.

Le tout constitue une année de 360 jours
+ 4 jours complémentaire soit 364 jours.

Ceux d’entre nous qui connaissent les calendriers perpétuels ou les calendriers fixes ont certainement reconnu dans ce calendrier essénien un calendrier de ce type. Une année de 364 jours compte exactement 52 semaines. Du coup, il peut débuter toujours le même jour (en l’occurrence un mercredi) et les fêtes et autres événements peuvent être placés toujours le même jour de l’année.

C’est exactement ce qui se produit et aussi bien le Livre d’Hénoch que le Livre des Jubilés insistent particulièrement sur cette position immuable des fêtes. Le Livre des jubilés dit en effet « Ordonne aux enfants d’Israël d’observer les années selon ce comput – 364 jours. Ces jours constitueront une année complète. Qu’ils n’aillent pas en troubler les jours et les fêtes… qu’ils n’omettent aucun jour et ne déplacent aucune fête… S’ils n’observent pas Son commandement, ils dérangeront toutes leurs saisons et les années seront déplacées… » . Livre des Jubilés 6.32-38

Ces fêtes, conformes à l’Ancien Testament pour la plupart, sont nommées dans les manuscrits 4Q320-4Q321-321a,4Q325 et 4Q327 :

– Sabbat : septième jour de la semaine.
– La Pâque : 14 ème jour du premier mois.
– Fête de l’orge/ Balancement de l’Omer : 26 ème jour du premier mois.
– Seconde fête de le Pâque : 14 ème jour du second mois.
– Fête des semaines : 15 ème jour du troisième mois.
– Fête du vin : 3 ème jour du cinquième mois. (Ajout de 4Q325 et 4Q327)
– Fêtes de l’huile : 22 ème jour du sixième mois. (Ajout de 4Q325 et 4Q327)
– Offrande du bois : 29 ème jour du sixième mois. (Ajout de 4Q325 et 4Q327)
– Jour du souvenir : 1 er jour du septième mois.
– Jour du souvenir : 10ème jour du septième mois.
– Fête des Cabanes : 15 ème jour du septième mois.

Il est important de noter que les dates des fêtes et autres événements ne sont pas positionnées par le quantième du mois mais par le quantième des gardes sacerdotales (sauf dans 4Q327 qui utilise les quantièmes du mois) . Nous y reviendrons plus loin.

Nous pouvons maintenant dresser le tableau d’une année complète. Ce tableau commence le premier jour de la semaine, pour une meilleure lisibilité. Mais n’oublions pas que l’année débute un mercredi. Les fêtes sont indiquées en rouge.

 

   
I
II
III
Dim
 
5
12
19
26
  
3
10
17
24
1
8
15
22
29
Lun
 
6
13
20
27
 
4
11
18
25
2
9
16
23
30
Mar
 
7
14
21
28
 
5
12
19
26
3
10
17
24
31
Mer
 1
8
15
22
29
 
6
13
20
27
4
11
18
25
 
Jeu
 2
9
16
23
30
 
7
14
21
28
5
12
19
26
 
Ven
 3
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17
24
 
1
8
15
22
29
6
13
20
27
 
Sam
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11
18
25
 
2
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16
23
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7
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IV
V
VI
Dim
 
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3
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24
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14
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28
 
5
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Jeu
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23
30
 
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28
5
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24
 
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6
13
20
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Sam
 4
11
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2
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VII
VIII
IX
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3
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24
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4
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25
 
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X
XI
XII
Dim
 
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 4
11
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 2
 9
16
23
30
 7
14
21
28
 

Ce calendrier nous semble très clair. Il le sera beaucoup moins quand nous nous serons pas posé la question de l’intercalation si intercalation il y avait.

En effet, même si grâce à l’ajout de 4 jours complémentaires à une année de 360 jours, nous nous sommes rapprochés de la durée de l’année tropique, nous sommes encore loin de nos 365,24221935 jours. Alors, à moins d’accepter une dérive rapide du calendrier, il faudrait ajouter de temps à autre des jours, des semaines, des mois ou des années. Quand, comment, combien ?

Force est de constater que nous n’en savons strictement rien et que les textes n’en parlent pas.

Certains spécialistes pensent qu’il n’y avait aucune intercalation. Ainsi Roger Beckwith (The modern Attelpt to reconcile the Qumran calendar with the true solar year) s’appuie sur un passage du Livre d’hénoch pour soutenir cette hypothèse. Ce passage est celui d’une partie du chapitre 79 qui dit « ..

.4.Leurs semences manqueront dans les champs et dans les campagnes ; les travaux de terre seront bouleversés, rien ne viendra pour eux en son temps. La pluie restera dans les airs, et le ciel sera d’airain.
5. En ce temps-là les produits de la terre seront tardifs ; ils ne fleuriront point en leur temps, et les arbres retiendront leurs fruits.
6. La lune changera son cours, elle n’apparaîtra point en son temps ; le ciel brûlant et sans nuages sera visible, et la stérilité s’étendra sur la face de la terre. Des météores sillonneront le
ciel ; car beaucoup d’étoiles, se détournant de leur course accoutumée, erreront dans l’espace…
« . Bien entendu, selon le texte, ce décalage n’est pas dû à une imperfection du calendrier
mais la seule conséquence du péché des anges.

 

D’autres spécialistes, au contraire, pensent qu’il y avait intercalation.

Pour ma part, je serais tenté de croire à une telle intercalation pour les raisons suivantes :

1) Certaines fêtes concernent des événements agricoles comme la fête du vin ou la fête de l’huile. Je vois mal ces fêtes se décaler dans le temps et être célébrées, par exemple, en plein hiver.

2) Nous avons vu que l’année commençait le mercredi le plus proche de l’équinoxe de printemps. Or, au fil des ans, il va vite arriver un moment où l’écart entre la fin d’une année et l’équinoxe de printemps sera supérieur à 7 jours. Alors, à moins d’intercaler une semaine complète à ce moment, l’équinoxe de printemps comme début d’année n’aura plus aucun intérêt. L’avantage d’intercaler une semaine à ce moment serait de ne pas désorganiser la structure du calendrier et la position des fêtes dans l’année.

Le décalage du calendrier étant de 1,24 jours par an, l’intercalation d’une semaine pourrait se faire tous les 7 ans. En effet 7 X 1.24 = 8,68 jours. La durée moyenne de l’année serait alors de ((364 X 7) + 7)/7 = 365 jours. Ce qui est beaucoup mieux.

Un « cadran solaire » annuel, unique en son
genre, fut découvert à Qumran en 1954.

Il servait à déterminer les points des
solstices et des équinoxes et la direction horizontale du soleil grâce à un système de cercles gradués correspondant aux saisons.

Il semble attester de l’intérêt des
« Esséniens » pour une année solaire fondée sur l’équinoxe de printemps.

Et si on ajoutait encore une semaine tous les 28 anssans toucher mieux au calendrier annuel on arriverait à une précision de 365,25 jours. Mais là, on est en plein rêve.

Mais, même si la découverte d’un cadran solaire annuel semble confirmer la surveillance des solstices et équinoxes, force est bien de constater que nous n’avons aucune trace écrite d’une quelconque intercalation. Notre logique du XXI ème siècle était-elle le même que celle des derniers siècles avant notre ère ? Mystère.

Et quand chapitre 73-13 du Livre d’Hénoch il est dit en parlant de la Lune que « …c’est elle qui règle les années, de la manière qu’elles ne varient pas d’un seul jour et se composent invariablement de trois cent soixante-quatre jours…« , on peut encore se poser beaucoup de questions.

En attendant d’éventuels éclaircissements dus à d’autres découvertes, et puisque nous avons évoqué la Lune, penchons-nous un peu sur les cycles lunaires.

à suivre